Depuis le travail des futuristes, L’Art des bruits de Luigi Russolo, la naissance de la musique concrète et les compositions de Charles Ives, George Antheil, Erik Satie, Pierre Schaeffer et bien d’autres plus contemporains, il existe d’importantes réflexions sur le bruit. Il existe aussi des ouvrages - ou chapitres d’ouvrages - techniques sur le bruitage et son histoire (au théâtre, au cinéma, à la radio), des études sur les sons dans quelques créations spécifiques (par exemple Shakespeare, Tchekhov, Maeterlinck ; Artaud, Kantor, Chéreau ; Tati, Bresson, Tarkovski, Lynch, Woo…). Cependant dans les bibliothèques ou sur Internet, on trouve surtout de multiples ouvrages pour enfants (l’apprentissage des bruits semble donc essentiel), un très grand nombre de textes sur les dégâts auditifs et la lutte contre la pollution sonore, très peu d’approches esthétiques et culturelles (ou alors primitivistes). On a récemment (assez rarement tout de même) étudié le bruit spécifique du théâtre, ou du cinéma des premiers temps, où se mêlent les sons du spectacle et les sons du public. Ce phénomène sonore n’a cependant pas suscité autant d’attention que le son musical ou la voix alors qu’« un simple bruit de pas peut déclencher une réaction émotionnelle (jubilation, peur soudaine), une action décisive (approche agressive, dissipation propice, élan salvateur), voir une indifférence ». (Claude Bailblé, « Comment l’entendez-vous ? », Cinergon, 17/18, 2004, p. 7). Il est là dès qu’une performance théâtrale commence, la plus simple soit-elle (des pas, justement, des déplacements de corps). Il semble être un élément clé de toute action dramatique ou scénique. Il a une histoire, technique, culturelle, intermédiale. Alors pourquoi le bruit continue-t-il à être aussi sous-estimé ? Pourquoi son usage se limite-t-il bien souvent à une illustration ? Pourquoi l’opposition bruit/musique perdure-t-elle ? Et enfin, pourquoi le bruit continue-t-il à faire peur ?